La crise économique change radicalement tous les domaines, y compris celui de la formation professionnelle. Il existe peu de secteurs qui concentrent en eux-mêmes autant d’enjeux : économiques, sociaux, entrepreneuriaux, managériaux. La dimension «RSE » et les nouvelles technologies impactent aussi directement le secteur de la formation professionnelle qui constitue l’un des plus grands marchés économiques français (11 milliards d’euros de CA) et qui concerne les 27 millions de personnes en âge de travailler. C’est pourquoi, à l’occasion d’un colloque organisé au CESE (Conseil Economique Social et Environnemental) le 15 décembre, sous la présidence de Jacques DELORS , l’AFPA présentera le 1er livre blanc prospectif de la formation professionnelle réalisé à partir d’une méthodologie unique : des formateurs, des stagiaires, des salariés et demandeurs d’emploi, les régions par les CESER, des entreprises, des acteurs de la formation, ont été écoutés, et auditionnés pour imaginer la formation de demain. Pour Philippe Caïla, directeur général de l’AFPA, « cette démarche repose sur l’idée que rien de convaincant ne peut-être dit sur le système français de formation professionnelle, qui ne parte des constats et du vécu des acteurs de terrain ». Enfin, des neuroscientifiques, paléoanthropologues, spécialistes des réseaux sociaux ou encore des designers de l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle sont également venus nourrir de leurs expériences cette réflexion sur la formation de demain. Prospectif et novateur par sa méthodologie, ce Livre Blanc entend rappeler que la richesse d’un pays réside toute entière dans sa force productive et son niveau de qualification.
« Un des grands enseignements de ce livre blanc est sans doute la convergence des propositions de tous les acteurs pour prôner plus de concertation, plus de lisibilité et plus d’accompagnement afin de rendre à la formation professionnelle son rôle indispensable dans la construction des parcours et des trajectoires individuelles, pour que la formation apparaisse comme une évidence et devienne une « hygiène professionnelle » poursuit Philippe Caïla.
Pas un rapport, ni un diagnostic, le livre blanc « Quelle formation demain ? » initié par l’AFPA appelle à une tripe révolution économique, pédagogique et culturelle.
« Au-delà des hausses de productivité (…), la formation a des effets bénéfiques sur la collectivité dans son ensemble, » explique Marc Ferracci, économiste et chercheur au CREST, rapporteur du Livre Blanc. « C’est l’absence de formation qui peut-être socialement coûteuse et non l’action de formation elle-même. La valeur sociale de la formation est d’autant plus élevée que les individus formés sont, à la base, peu employables. »
Reconnaître cette valeur invite à considérer le droit à la formation sous un angle nouveau.
Tout d’abord, il s’agirait d’aller vers « un statut de l’actif » qui garantirait un droit à la formation indépendant de la situation de l’individu, et fondé sur des critères permettant d’accroître l’équité du système (le niveau de formation initiale ou l’âge, par exemple).
Cela implique de substituer une logique de parcours à la logique de statuts qui prévaut aujourd’hui. Celle-ci aurait le mérite de favoriser la liberté et la responsabilité des travailleurs vis-à-vis de leur propre parcours professionnel. Encore faut-il que les employeurs investissent dans les compétences de base (ou transversales) de leurs salariés. Accroître leur capital d’employabilité s’avère nécessaire pour favoriser et sécuriser leurs parcours, qui supposent souvent des mobilités externes à l’entreprise ou au secteur dont ils sont issus.
Chaque année, en moyenne, 20 % de l’emploi total sont détruits et créés dans l’OCDE. Ces constats témoignent de la nécessité de s’adapter à la recomposition continuelle de l’emploi. Les emplois créés constituent autant d’opportunités pour les salariés et les demandeurs d’emploi, sous réserve que leurs compétences s’adaptent. Si les emplois créés le sont au sein d’une même branche d’activité, il convient plutôt d’investir sur l’actualisation des compétences des formateurs au regard de l’évolution technologique des métiers ; si les emplois se créent dans d’autres branches, il vaudra mieux renouveler l’offre de formation en l’adaptant à l’émergence des métiers nouveaux.
« En tout état de cause, dans un environnement changeant, c’est l’innovation pédagogique qui devrait permettre de distinguer les prestataires de formation les plus efficaces », avance Marc Ferracci. Internet interroge évidemment les potentialités des nouvelles technologies : un moyen efficace pour répondre au défi de la « personnalisation de masse » des formations.
On ne saurait répondre aux défis de notre système de formation sans en changer le modèle économique. Dans cette perspective, il est proposé d’envisager le principe d’une part variable dans la rémunération des opérateurs de formation. Elle serait déterminée avec les acheteurs de formation, sur la base de critères fluctuant selon les publics. La formation réussie de publics en difficulté devrait ainsi donner lieu à une rémunération majorée, car leur insertion présente une valeur sociale importante.
La confiance manque aux individus lorsqu’ils envisagent l’avenir professionnel que leur ouvre la démarche de formation. Réformer la formation des adultes, c’est aussi restaurer cette confiance en une formation, synonyme de progrès social.
D’où une proposition visant à mettre en place un droit universel à la formation professionnelle, inversement proportionnel au niveau de formation initiale, permettant aux individus de se construire un «capital d’employabilité ». En accord avec nombre de contributeurs à ce livre blanc, le Livre Blanc décrit la formation comme un projet de civilisation qui inscrirait la démarche de former et de se former dans l’ADN des salariés comme dans celui des entreprises.
Consultez le livre blanc sur : www.quelleformationdemain.fr
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Vis-à-vis de la formation, la France vit un paradoxe : celui d’une société qui valorise à l’excès le savoir véhiculé par le diplôme initial, tout en dévalorisant régulièrement la formation professionnelle dont le coût, l’inefficacité, voire la propension à renforcer les inégalités sociales sont régulièrement pointés du doigt. Face à ce constat, la nécessité d’évolutions profondes de l’appareil de formation des adultes fait consensus.
Les modifications législatives se sont d’ailleurs multipliées ces dernières années, sans toutefois parvenir à changer l’équilibre du système. Et pour cause : dans nombre de rapports, l’approche institutionnelle de la formation professionnelle surdétermine les propositions de réforme, au détriment d’une analyse plus centrée sur les pratiques et les difficultés des acteurs de terrain.
Le Livre Blanc « Quelle formation demain ? » engage une démarche de transparence, rentrant dans la «boîte noire » de la formation, pour mieux en discerner les insuffisances, mais aussi les leviers de changement.
L’AFPA depuis plus de 60 ans, est l’acteur numéro 1 de la formation professionnelle en France. Elle s’appuie aujourd’hui sur 4 500 formateurs, qui, chaque jour, accompagnent 170 000 stagiaires vers les métiers d’aujourd’hui et de demain. Cette expérience et cette connaissance concrète de la formation professionnelle est une ressource inépuisable et essentielle sur laquelle il est indispensable de s’appuyer pour imaginer la formation de demain.
Pendant plus de six mois, à travers 15 heures de débats en ligne et 11 Régionales de la formation (débats publics internes), les formateurs et les collaborateurs de l’AFPA ont ainsi pu contribuer à la démarche en racontant leurs expériences, leurs bonnes pratiques mais également leurs difficultés face à de nouveaux publics.
De ces 6 mois de débats sont nées des contributions qui sont au cœur de la partie « Terrains » du Livre blanc. Cette partie est complétée par les convictions et les propositions des CESER (Conseils économiques sociaux et environnementaux régionaux), acteurs institutionnels locaux porteurs d’une vision prospective de la formation professionnelle. 11 d’entre eux ont accepté de partager avec l’AFPA leurs préconisations pour la formation de demain. Les entreprises, à travers leurs DRH ou leurs responsables formations ont également activement contribué à ce diagnostic.
Enfin, la dernière partie du Livre blanc laisse la parole à des acteurs porteurs d’une vision prospective de la formation professionnelle. Intitulée « Autrement ? », elle propose des pistes de réflexion concrètes et nouvelles pour construire la formation de demain.
Forts des constats de terrains, un consensus se dégage ainsi sur la nécessité de revaloriser l’image de la formation professionnelle auprès du grand public : ne faudrait-il pas en effet plutôt parler de « qualification tout au long de la vie », l’associer davantage à des réussites professionnelles et personnelles exemplaires.
« Peut-être devrions nous apprendre à « banaliser » cette exigence de formation continue en en faisant une démarche naturelle qui concerne absolument tout le monde, dans tous les pays, et qui à ce titre, n’a en soi rien d’infamant, bien au contraire… », ajoute Philippe Caïla.
La nécessité d’inscrire la formation professionnelle dans une logique de responsabilité : responsabilité politique au plan national et territorial s’impose également ; une responsabilité sociale d’entreprise (RSE) mais aussi une responsabilité sociétale, et enfin une responsabilité de l’individu, car on ne forme pas vraiment quelqu’un malgré lui, ni contre lui. C’est là tout l’enjeu aussi de la réflexion pédagogique qui doit prendre en compte désormais la parole de l’utilisateur et s’orienter vers une approche de « design pédagogique ». « Cette dernière partie propose autant de regards et d’invitations à poursuivre le débat, mais aussi et surtout, à passer à l’action, le plus vite possible », conclut Philippe Caïla.
En charge de la gestion et de l’animation des politiques territoriales de formation depuis 2009, les Régions pensent la formation sur le triple registre du social, de l’économique et de la prospective.
Sur le plan social, un consensus se dégage sur la nécessité de promouvoir « une nouvelle culture de la formation » à la fois chez les salariés et chez les employeurs, afin que la formation ne soit plus considérée comme une alternative au chômage mais comme une opportunité de promotion sociale, bénéfique à l’individu comme à la société. Dans cette perspective, les CESER, au côté des entreprises, encouragent les individus à s’approprier la culture du changement.
Sur le plan économique, où il s’agit d’adapter le contenu des formations à la réalité présente et à venir des métiers sur les territoires, les avis convergent sur une nécessaire anticipation de la formation. Le recueil et le partage collectif de l’information est incontournable pour mieux former et accompagner dans l’emploi, dans le cadre d’une véritable politique de prospective économique, condition d’une prospective « métiers ».
Cette attitude collective se décline à tous les niveaux : entre le monde pédagogique et le monde professionnel ; entre les différentes instances administratives et territoriales ; entre le niveau national et régional ; entre les structures de formation.
« Favoriser l’aptitude à évoluer requerrait de développer une approche de la formation plus créative et plus ouverte à l’imaginaire des apprenants. Mais notre système scolaire continue d’être pensé autour de la conception d’un temps de formation qui règlerait tout. » (Luc Paboeuf, président du CESER Aquitaine)
Quelle formation demain ? Cette question a été débattue par l’ensemble de la communauté de formation (formateurs, chargés de recrutement des stagiaires, ingénieurs de formation, animateurs socioéducatifs, commerciaux de l’AFPA) entre l’automne 2010 et le printemps 2011. Les échanges se sont déroulés à travers - tables rondes animés par IPSOS, un débat en ligne sur 5 semaines et 11 débats publics internes.
Faire évoluer l’acte de formation pour prendre en compte les nouvelles contraintes, à commencer par la grande diversité de situations des stagiaires - entrées décalées, niveaux de motivation et de connaissance des métiers impliquant des parcours adaptés- figure au cœur des préoccupations des formateurs.
De là, émerge l’idée d’institutionnaliser des collectifs de travail :
Paroles de formateurs :
« Il est indispensable que les entreprises soient partenaires de nos formations »l
« La formation ne se résume pas au formateur. La dimension socioéducative, les services d’accompagnement, hébergement et restauration sont aussi indispensables à la réussite du stagiaire. »
« Dans le cadre des formations en alternance, l’entreprise n’est plus un lieu d’application du stage mais un véritable lieu de construction des compétences. »
Qu’attendent les stagiaires en formation professionnelle ? Avoir un métier
Les motivations des stagiaires à suivre une formation professionnelle convergent majoritairement sur l’envie d’avoir un métier. Parmi les facteurs de réussite : avoir mûri son projet professionnel et être autonome. Pour autant, les participants expriment le souhait d’un accompagnement plus proche dans la recherche de formation, des descriptifs de contenus plus précis et motivants. Ils apprécient : l’équilibre entre théorie et pratique, des formateurs issus du monde professionnel, l’apprentissage en collectifs de stagiaires, atout majeur pour avancer.
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